« Comment disrupter la Blockchain » : interview d’Alexandre David, président d’Eureka et expert en technologies blockchain

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Alexandre David intervient dans notamment comme expert lors de la matinale « Comment disrupter la finance grâce à la blockchain ? » organisée par Ghizlane Kettani, économiste et chercheur en intelligence artificielle pour Finance Innovation le 30 mars 2018. Pour vous inscrire à cet événement, merci de suivre le lien suivant :

https://www.weezevent.com/matinale-comment-disrupter-la-blockchain

Ghizlane Kettani :  Pouvez-vous vous présenter ?

Alexandre David : C’est moi-même, développeur web et  mobile, qui ai fondé Eureka Certification en 2014. Je me suis intéressé au Bitcoin dès 2011 en collaborant à des projets open source de portefeuille  électronique. Eureka est un organisme de formation  pionnier en France qui propose des formations sur la  technologie « blockchain ». Les formations s’adressent à un large vivier de professionnels issus de secteurs porteurs de croissances comme BNP Paribas, Société Générale, Natixis, Microsoft, SFR,  Atos, Groupe Caisse d’épargne, PwC ou encore​  ​Accenture.

En 2016,  Eureka a dispensé le premier cursus « blockchain » de  France aux élèves ingénieurs de l’école de  l’​ECE Paris​. Eureka se différencie de ses  concurrents en proposant à l’issue de ses formations  une évaluation​ ​et​ ​une​ ​certification​  ​horodatée​ ​sur​ ​la​  ​«​ ​blockchain​ ​»​ ​de​ ​façon​  ​réputée​ ​infalsifiable.  Pour la rentrée 2017, Eureka, en  partenariat avec l’école du numérique l’​ESGI​, a  lancé le ​premier cursus au monde « Architecte Blockchain » de 248h  délivrant une certification de niveau 1 équivalent à un BAC+5 et participant​ ​à​  ​l’émergence​ ​de​ ​ce​ ​nouveau​ ​métier. Eureka dispose également d’un réseau de partenaires dont ​Blockchain solution​, ​La Maison du Bitcoin et Paymium​.

Depuis mars 2017, Eureka est en ​partenariat exclusif avec PwC France pour  l’organisation d’évènements internationaux à  Paris comme la « ​Merkle Week » et les « Merkle Conference » avec comme invité exceptionnel, par exemple, ​Andreas M. Antonopoulos ou William Mougayarn auteur du Best-Seller “Blockchain Business”​ ​traduit​ ​en​ ​français.

Les formations Eureka visent à  renforcer la compréhension de la technologie « blockchain » auprès des professionnels en validant leurs acquis et  en décernant de nouvelles compétences avec plus de  400 personnes​ ​formées​ ​jusqu’à​ ​présent.  Eureka est également  une startup qui propose des offres de service sur la réalisation de proof-of-concept et de  proof-of-value afin d’explorer le potentiel des  protocoles de registres tels  que ​Bitcoin​, ​Ethereum et toutes les​  ​technologies​ ​portées​ ​par​  ​l’organisation​ Hyperledger​​ ​(Fabric,​Sawtooth,​ ​Iroha,​ ​Indy​  ​et​ ​Burrow).  Eureka accompagne le marché depuis  sa naissance et participe à créer de la valeur via ses  projets internes comme les recherches dans le domaine de la preuve numérique sur un registre distribué public et  les questions​ ​de​ ​gouvernance​ ​et​  ​de​ ​souveraineté́.

G.K. : Dans quel contexte parle-t-on de « blockchains » ?

A.D. : Internet est un protocole TCP/IP ouvert qui a accompagné les plus grandes  révolutions de l’histoire récente des  hommes. Cependant, il aura fallu plusieurs années et  l’apparition du Mail au début des années 80 pour comprendre les bénéfices de la première application permise par Internet. Toutes les applications que nous  utilisons aujourd’hui comme le Web (via le protocole HTTP) ou la viso-conférence (VoIP), utilisent le même socle : celui d’Internet.

En 2009, apparait le protocole Bitcoin hiérarchiquement dépendant d’Internet. C’est après quelques années et grâce à un effet de réseau inédit, qu’en 2011 le protocole Bitcoin permet, pour la  première fois, de créer la confiance dans le cyber-espace. Un protocole informatique est un ensemble de règles et de technologies. Bitcoin marie des technologies dont la majorité existent depuis les années 70 comme la cryptographie à clé publique, les algorithmes de  consensus, les modes d’opération cryptographique, l’architecture de réseau distribué  en pair-à-pair, ainsi que la « blockchain », une  technologie de stockage de preuves. Ce qui différencie le Bitcoin des autres protocoles de registres permissives (qui existent depuis les années 60) est l’apparition du  concept d’unité de compte numérique et programmable !

Premièrement, la « blockchain » est intrinsèquement liée à son protocole et à son (ses) créateur(s). C’est donc une structure de donnée chainée qui n’est pas décentralisé par nature. Elle est produite chronologiquement selon des amplitudes de temps et dépend des règles du consensus défini dans le protocole. Chaque protocole informatique détermine les  règles et les moyens de production (en écriture et en  lecture) de ses propres « blockchains ».  Deuxièmement, c’est un support qui  permet, si plusieurs critères se retrouvent réunis, de  créer une légitimité et donc de la confiance. Cette  légitimité est intrinsèquement liée aux règles de son  protocole, de son architecture, ainsi qu’à  l’écosystème des acteurs. Les « blockchains » ne sont donc pas  qu’une affaire de technologie, mais aussi de gouvernance et de sociologie.

G.K. Quel est le concept et la définition  des « blockchains » ?

A.D.  Les « blockchains » sont un concept de registre numérique. Elles sont publiques, répliquées et partagées entre utilisateurs et validateurs. Les  informations qui transitent sur un réseau sont regroupées dans des « blocs » représentant chacun une page du livre. Les blocs sont automatiquement empilés de façon  chronologique afin d’horodater dans l’ordre d’arrivée les informations.

Lors de la création d’un nouveau bloc, des validateurs sécurisent et verrouillent les informations qu’il contient dont la  référence du bloc précédent. Ainsi, il devient  impossible de falsifier un bloc sans modifier tous les autres blocs arrimés à la « chaîne ».  Chaque blockchain doit utiliser un mécanisme de  validation afin de parer au problème d’incohérence que l’on retrouve dans les réseaux en pair-à-pair. En  effet, dans un réseau en pair-à-pair, le même état du réseau n’est pas garanti à tous les utilisateurs.  C’est ce mécanisme de sécurité qui permet, donc, d’atteindre un consensus entre les acteurs sur la plate-forme.

Dès lors, la blockchain se transforme en un  formidable outil d’audit et permet, dans le même temps, d’asseoir la confiance entre les acteurs du système.  Par définition, une « blockchain » est le composant d’un protocole informatique permettant l’horodatage chronologique  de données informatiques regroupées dans une « chaîne  de blocs » distribuée et vérifiable. Le consensus  décentralisé et autonome est assuré par un protocole de  validation dont le niveau de sécurité dépend du nombre de  validateurs incités à participer. Par essence, les « blockchains » sont des grands livres des transactions  publics informatisés sous forme de base de  donnée. Pourtant réputées infalsifiables, toutes les « blockchains » n’assurent pas le même degré de  sécurité pour prétendre remplacer un tiers de  confiance.

La « blockchain » est  aussi une métonymie. Dans le langage courant le mot « blockchain » remplace le concept de protocole informatique  par celui d’une des ces composantes (c’est-à-dire la technologie «blockchain ») avec lequel il est en rapport par un lien logique. Son utilisation créé une  ambiguïté sur le caractère sécurisé de toutes les « blockchains ». les « blockchains » sont différentes  et ne disposent pas du même niveau de sécurité et donc de  confiance. Les « blockchains » ne peuvent être réputées infalsifiables qu’après une analyse précise des principaux aspects technologiques, économiques et socio-anthropologiques. Afin d’éviter tout amalgame  Il est donc plus juste d’utiliser le terme de « Protocole de Registre Distribué » plutôt que celui de « blockchain ».

G.K. Peux-tu nous expliquer l’intérêt des monnaies virtuelles/Blockchain ?

A.D. Chaque transaction poussée et traitée au sein du réseau d’un protocole de registre distribué tel que Bitcoin se présente sous la forme d’un script. Ce script est aussi appelé « Application Décentralisée » ou plus familièrement « Dapps » pour « Decentralized Applications ». Chaque protocole dispose donc de son propre langage de transaction. Par exemple,  Bitcoin utilise Bitcoin Script, Ethereum a son Ethereum Script.  Une « Dapps » sous sa  forme la plus simple permet la monnaie, c’est-à-dire un transfert de valeur entre deux comptes.

Mais il suffit  d’apporter de nouveaux opérateurs dans le language de  script pour en détourner la fonction de base. Par  exemple l’utilisation de fonctions spéciales quémandant de multiples signatures de comptes pour  débloquer une transaction permettant la création d’un  séquestre pour faire de l’assurance en pair-à-pair. Ainsi l’ajout de conditions permet  de transformer une simple transaction en de nouvelles  applications aussi appelées à tort « Smart Contracts ». D’après Nick Szabo, un « Contrat Intelligent » désigne une liste de promesses spécifiées numériquement  dans lesquels des parties s’accordent via un protocole.  Ils n’ont aucune valeur légale et s’appliquent pour le cas d’un protocole informatique tel que Bitcoin et  Ethereum uniquement dans le cyber-espace. Le jeu d’un « Smart Contract »  consiste donc à détourner l’utilisation première de  l’unité compte numérique qui transite sur la  « blockchain » d’un protocole, pour faire de la  certification, de la notarisation, du vote, du « supply chain en physical blockchain », de l’échange de  titres, de parts sociales,  d’obligations ou des agents autonomes. Plus le « Smart Contract » est  complexe et plus l’application est importante.

Les champs d’application sont donc immenses : banques, assurance, immobilier, santé, énergie, transports, divertissement, etc… De façon générale, les  protocoles publics utilisant une « blockchain » pourraient  simplifier, moderniser et automatiser la plupart des  services opérés par des « tiers de confiances » centralisés (métiers de banques, notaires, cadastre, …). À terme un « Smart Contract » redéfinira de façon universelle les modes de gouvernance dans les institutions,  les entreprises, les organisations, les corporations, les  sociétés et les États, qui se trouvent questionnés dans  le monopole de la monnaie et des transactions  financières, mais aussi pour les banques et  l’économie tout entière. Le champ des possibles apporté par  les protocoles de registres distribués est vaste mais il  est encore trop prématuré pour mesurer les impacts sur  les différents secteurs économiques. Comme expliqué ci-dessus, un « Smart Contract » n’a aucune valeur  légale et l’intervention d’un avocat est  actuellement encore nécessaire pour annuler des clauses  abusives que l’on pourrait retrouver dans le code  source de celui-ci.

 

 Alexandre  DAVID  CEO, Eureka

Mail: alex@eureka.co

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