Comment la startup Yelloan remet la confiance et la solidarité au centre de la relation prêteur-emprunteur

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Créée en 2015, la start-up yelloan propose un service innovant d’accès au crédit basé sur les principes du financement participatif. Elle a lancé son service en février 2016 avec un premier partenaire financier, Financo, filiale du Crédit Mutuel Arkea, et travaille actuellement sur la mise en place de la solution auprès d’autres partenaires financiers, à commencer par le Crédit Agricole Consumer Finance, plus connu sous sa marque Sofinco.

L’exclusion du crédit bancaire concerne typiquement les personnes en situation d’emploi précaire (CDD, intérimaires, intermittents, etc.) et les jeunes, le manque d’ancienneté dans l’emploi ou dans la relation bancaire constituant autant de motifs de refus de la part des banques. Ce n’est pas rien quand on sait qu’en France seulement 10% des embauches se font en CDI, ou encore que les trois-quarts des jeunes diplômés démarrent dans la vie active en CDD.

 

Parmi ces exclus du crédit, un grand nombre d’individus sont solvables. S’il est difficile de mesurer l’ampleur du phénomène – difficile de savoir si une personne à laquelle on refuse de prêter est en capacité de rembourser son prêt -, une étude du Bureau d’Informations et de Prévisions Economiques (BIPE) datée de 2006 estimait à plus de 600 000 en France le nombre de ménages exclus du crédit bien que solvables (et dans l’attente d’un financement). Il est facile d’imaginer que ce chiffre est bien plus important aujourd’hui au regard de l’impact de certains facteurs, autant sociologiques qu’économiques, sur l’éligibilité au crédit : changement des comportements dans le rapport au travail, vieillissement de la population, fragilisation de la structure familiale, hausse du chômage depuis la récession de 2009, baisse des taux d’usure, etc.

 

La notion clé au cœur de la problématique de l’octroi d’argent entre agents privés reste l’asymétrie d’information. Les moyens dont les banques disposent pour évaluer la solvabilité d’un candidat à l’emprunt sont généralement limités à l’évaluation de son profil financier, lui-même réduit à la connaissance de ses ressources, de ses engagements actuels et de quelques critères destinés à jauger de la stabilité de sa situation professionnelle, familiale et financière. Autant de critères focalisés sur le passé – l’historique comportemental de la personne – et au caractère prédictif limité s’agissant d’évaluer la résilience financière de l’emprunteur face aux imprévus que constituent des accidents de la vie tels que la perte de son emploi ou un divorce. Typiquement, aucun d’entre eux ne tient compte de la disposition de l’emprunteur à recourir à une aide financière d’un tiers de confiance en cas de difficulté dans le remboursement de son prêt. Il existe donc beaucoup de situations où les banques ne disposent pas d’une information parfaite sur la capacité de remboursement, à tel point qu’un grand nombre d’emprunteurs viables se trouvent mis à l’écart du système bancaire.

 

L’ambition de yelloan est de remédier à ce qui lui paraît comme à la fois injuste et préjudiciable au financement de l’économie française. La start-up entend donner enfin accès au crédit à tous les emprunteurs solvables jusqu’ici non considérés. Michaël Diguet, président de Yelloan : « Une partie des critères d’octroi de crédit des banques ne nous paraît pas adaptée à certaines catégories d’emprunteur. Avec yelloan, nous voulons donner un moyen aux emprunteurs solvables de se signaler. Nous avons imaginé et mis en place dans ce but un mécanisme extrêmement simple : la garantie participative. ».

 

Sur le site internet yelloan.com, tout comme sur une plateforme de financement participatif classique, le candidat à l’emprunt expose son projet (l’achat d’une voiture par exemple) et définit son besoin de financement après validation par l’établissement prêteur, partenaire financier de yelloan. Il va alors solliciter ses amis et proches pour participer à sa campagne : une collecte d’argent, pour 5% du montant du crédit, constituée auprès d’au moins 5 personnes. Les sommes récoltées, remises en garantie en faveur de l’établissement prêteur et donc bloquées pendant toute la durée de vie du crédit, sont restituées aux amis lorsque l’emprunteur a remboursé sa dette.

 

Cette garantie, elle a beaucoup de valeur dans la mesure où, grâce à elle, les partenaires financiers de yelloan acceptent de prêter. Ils ne valorisent évidemment pas la faible somme d’argent (relativement au montant du prêt) remise en garantie et appelable en cas de défaillance de l’emprunteur pour réduire sa perte, mais bien la confiance accordée à l’emprunteur par ses amis. Le fait de savoir qu’un emprunteur est « bien entouré », qu’il est capable de fédérer ses proches autour de son projet, est extrêmement rassurant. La communauté joue donc un rôle de premier filtre pour l’établissement prêteur, un rôle préventif : qui aiderait un ami mauvais gestionnaire et sujet à un comportement compulsif en matière de consommation à obtenir un crédit et à se retrouver dans une situation financière compromise ?

 

L’établissement prêteur valorise également l’idée que l’emprunteur pourra faire appel à ses amis pour lui venir en aide en cas de difficultés financières futures. Et pour cause, la levée du tabou de l’argent et le potentiel de solidarité des proches constitue un garde-fou efficace face au risque de surendettement. Selon la dernière étude sur le surendettement réalisée par la Banque de France, la proportion des ménages au budget contraint ayant obtenu une aide financière de la part d’amis ou de membres de la famille est de 18% chez les surendettés contre 37% chez les non-surendettés.

 

Enfin, le fait d’impliquer les proches permet de responsabiliser l’emprunteur. Il n’est en effet plus seulement responsable vis-à-vis d’une institution financière mais vis-à-vis de sa propre communauté. Comme l’a prouvé l’expérience de la microfinance, pour laquelle le professeur Muhammad Yunus a reçu le prix Nobel de la Paix, la pression sociale est souvent plus efficace que toute autre garantie ou forme de contrôle…

 

Avec yelloan, la confiance et la solidarité sont donc remis au centre de la relation prêteur-emprunteur, et c’est bien là le cœur de son innovation. Depuis trois mois maintenant, la garantie participative permet chaque jour le financement de nouveaux projets, œuvrant dans le sens d’une consommation responsable. Car ce sont de beaux projets, des projets chargés de sens, à la fois pour les personnes qui les portent et pour leurs amis qui les plébiscitent en répondant à leurs appels, sur yelloan.

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