“DSP2 : de nouveaux modes de collaboration entre banques et Fintechs ?” par Cyril Garbois, co-fondateur de Cashbee

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Derrière son sigle barbare et des premiers abords techniques, la deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2), entrée en vigueur en janvier 2018, est de nature à modifier profondément la relation des consommateurs avec leurs fournisseurs de services financiers.

L’objectif affiché de la directive est de favoriser l’innovation, la concurrence et l’efficience des services de paiement au profit des consommateurs et des entreprises. Au-delà des volets techniques sur l’encadrement de la facturation des services et la sécurité des paiements, c’est le principe fondamental selon lequel les données bancaires appartiennent aux clients et non à l’établissement teneur de compte qui est affirmé. Or la donnée, c’est le nouveau Graal de la relation bancaire. Dans un contexte de taux, et donc de marges sur intérêts, durablement bas, la monétisation de cette donnée est devenue une priorité stratégique pour tous les acteurs du secteur.

Concrètement, de quoi s’agit-il ? Tout client d’une banque peut désormais donner l’accès à l’information sur ses comptes à un établissement tiers agréé. Les agrégateurs (Bankin’, Linxo, Budget Insight,…), qui opéraient jusque-là dans une zone grise en utilisant la technique dite du screen scrapping – qui consiste à récupérer l’information sur les comptes des utilisateurs en utilisant leurs identifiants internet – ont désormais un statut et, à terme, de nouveaux moyens techniques pour se connecter aux banques.

Surtout, ces établissements tiers (principalement des Fintechs) sont de jure autorisés à utiliser cette information, si le client en est d’accord, pour lui proposer de nouveaux produits financiers. En clair, c’est le modèle de la relation bancaire exclusive, déjà mis à mal depuis une quinzaine d’années par les banques en ligne, qui vole en éclats ! Attirer un client par le crédit immobilier et domicilier ses revenus pourraient bientôt ne plus être un avantage concurrentiel déterminant pour l’équiper de toute la panoplie de produits bancaires (rappelons que le taux d’équipement moyen dans les six grands réseaux bancaires est encore aujourd’hui de 8 à 10 produits par client, contre 2 à 3 chez les banques en ligne).

Pour les nouveaux entrants – qu’ils soient agrégateurs de comptes, prestataires de service de paiement, coach en épargne…- c’est une opportunité unique. Avoir accès aux flux bancaires des clients, c’est savoir quel produit lui proposer à quel moment ; sous réserve bien sûr d’obtenir sa confiance afin qu’il accorde cet accès.

Ça serait néanmoins aller bien vite en besogne que d’enterrer les banques traditionnelles. Bon gré mal gré, la plupart d’entre elles adoptent une stratégie offensive sur le sujet. Elles proposent à leur tour un service d’agrégation, et pourront bénéficier elles-aussi d’une vision à 360° des actifs financiers de leurs clients. Reste à savoir si elles sauront faire les progrès nécessaires dans l’analyse de l’information, ce qui n’a jamais été leur fort…

C’est dans de nouvelles formes de collaboration entre les Fintechs, qui offrent des interfaces plus conviviales et qui ont l’agilité nécessaire pour analyser l’information, et les banques traditionnelles, qui malgré le désamour que leur portent les consommateurs bénéficient toujours de leur confiance, que pourrait bien se trouver le modèle gagnant dans les années à venir.

Cyril Garbois, co-fondateur de Cashbee

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