#Forum Paris-Europlace : Interview de Tram Anh Nguyen, cofondatrice de CFTE

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Le Forum Paris-Europlace a réuni près de 2.500 invités au Pavillon d’Armenonville les 12 et 13 juillet 2018. Cet évènement fut l’occasion pour les panélistes d’échanger sur les perspectives économiques et d’investissement européennes. Au cours de ces deux jours, les invités ont pu débattre sur les nouveaux défis financiers mondiaux ainsi que la vague de technologie incluant les FinTech et le développement de la finance verte.

A cette occasion, nous avons rencontré Tram Anh Nguyen, cofondatrice de CFTE, le Centre pour la Finance, la Technologie et l’Entrepreneuriat, qui évoque l’importance de la formation continue sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle et l’exemple de Singapour.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

« Je suis cofondatrice du Centre pour la Finance, la Technologie et l’Entrepreneuriat (CFTE). Je suis Française, d’origine vietnamienne. J’ai étudié en France mais aussi en Angleterre. J’ai débuté ma carrière dans une salle de marché à New York, en 2000. Je suis ensuite retournée à Londres trois ans plus tard pour travailler pour Dresdner Kleiwort Benson puis pour UBS Banque Privée. J’ai également travaillé pour plusieurs family offices. Après avoir quitté le monde de la banque, j’ai décidé de créer mon centre, le CFTE, aujourd’hui supporté par des leaders, des institutions, startups et universités partout dans le monde. L’objectif était de pouvoir connecter deux mondes, celui de la finance et de la technologie, afin d’aider les individus à acquérir des compétences pour anticiper la nouvelle finance de demain ».

 

Quelle est la stratégie de Singapour pour former les employés dans le secteur de la finance ?

« Lors du lancement de CFTE, notre ambition était de pouvoir apporter les connaissances financières nécessaires au plus grand nombre grâce à l’éducation en ligne. Il y a effectivement un réel besoin dans ce domaine aujourd’hui et pour chaque profil : étudiant, salarie de banque jusqu’au dirigeant de grand groupe, nous apportons à ces personnes qui risquent de perdre leur emploi à cause des évolutions technologiques, de réelles opportunités. Le CFTE forme actuellement des personnes âgées de 22 à 60 ans et qui observent désormais un changement radical dans le monde de la finance. Elles commencent à candidater pour des postes qui requièrent des compétences nouvelles. Très peu d’individus dans le monde s’intéressent et comprennent à la fois les domaines de la technologie et de la finance. Nous attachons une grande importance à la mise à jour des compétences et encourageons la formation continue pour les adultes. Nous passons énormément de temps à échanger avec des experts de la finance, les universitaires, les investisseurs ou encore les PDG de startups, pour apporter aux participants une vision globale et internationale de ce secteur en plein essor. Ceux-ci sont basés en Angleterre, en France, en Asie et essentiellement à Singapour.

Il y a deux ans, j’ai participé au FinTech Festival à Singapour qui a été pour moi une véritable révélation. Ravi Menon, directeur général de la Monetary Authority of Singapore (MAS), a déclaré : « Je souhaite pouvoir former des talents grâce aux compétences digitales ». Pour nous, Singapour est un exemple exceptionnel car l’Etat encourage les professionnels à apprendre de manière continue. Ravi Menon a lancé une initiative pour que tous les Singapouriens puissent acquérir ces connaissances via le programme Futur-Enabled Skills financé par l’Institut de Banque & Finance (IBF). Celui-ci vise à mettre en place de nouveaux standards en formant les individus à la science des données ou data-science, à une approche centrée sur le facteur humain, aux outils pour l’innovation, à une approche technologique avec une certaine agilité, aux risques et à la gouvernance dans le monde digital. Il a identifié les compétences dont les professionnels ont aujourd’hui besoin pour évoluer dans leur carrière. Mais il est évident que ces compétences techniques doivent être mises en pratique. IBF a noué un partenariat avec des industries leaders afin d’apporter des exemples concrets aux personnes qui travaillent dans la finance.

Le gouvernement de la République de Singapour a travaillé avec différents acteurs dont les institutions, les banques et les universités pour encourager la formation continue ».

 

Pourriez-vous partager des exemples concrets de programmes de formation mis en place à Singapour ?

« Il y a IBF, l’Institut de Banque et Finance pour le secteur bancaire chargé de coordonner toutes les formations avec les banques.

Ensuite, il y a le programme SkillsFuture Singapore (SSG) qui relève du ministère de l’Education permettant aux Singapouriens et aux résidents d’apprendre ce qu’ils souhaitent. Le gouvernement encourage le développement de programmes de formations dédiés aux personnes de tout âge, y compris aux étudiants et aux professionnels en début de carrière.

L’autre programme très connu est SkillsFuture Credit qui offre des subventions directes de 500 dollars singapouriens à tous les citoyens de plus de 25 ans pour une liste de cours préapprouvée (et même des subventions plus élevées pour les professionnels en milieu de carrière). En 2016, le programme comprenait plus de 18.000 cours. Nous avons lancé CFTE en collaboration avec une université basée à Singapour, Ngee Ann University, car nos deux centres savaient qu’il y allait avoir un changement radical dans le monde du travail. Certains emplois vont disparaître mais les opportunités sont bien présentes. Le gouvernement a d’ailleurs reconnu la pertinence de notre programme et l’a certifié. Il s’est engagé à subventionner le cours à hauteur de 70 %. Pour les personnes âgées de plus de 40 ans, la prise en charge est de 90 %. En France, Finance Innovation a également reconnu la pertinence de cette formation. En travaillant avec Ngee Ann University, nous souhaitions aussi aider les adultes à développer de nouvelles compétences. Après avoir rencontré ses dirigeants en novembre 2017, nous nous sommes aperçus que nous avions la même passion pour la finance. Nous savions que IA in Finance aurait un impact énorme. Au même moment, l’Autorité monétaire de Singapour a d’ailleurs annoncé son intention de mettre l’accent sur l’Intelligence Artificielle ».

 

Pourriez-vous partager des exemples d’initiatives d’institutions financières à Singapour ?

« Peu de banques pour l’instant forment leurs employés pour acquérir des compétences essentielles leur futur poste, à savoir celles en rapport avec le digital et l’Intelligence Artificielle. A Singapour, beaucoup d’entre elles sont aujourd’hui prêtes à dispenser ce type de formation. Deux banques ont souhaité sponsoriser notre formation IA in Finance.

OCBC a lancé il y a quelques mois son programme « OCBC Futur Smart Programme », accessible aux 29.000 employés pour que personne ne soit mis à l’écart. Ce programme, d’une durée de trois ans permet à chaque salarié, peu importe son poste, d’être formé sur quatre qualifications différentes : la conscience, l’alphabétisation, le niveau de pratique, la maîtrise suite à une évaluation technique approfondie. A la fin du programme, un certificat de connaissances est délivré.

UOB a lancé son programme et a investi 20 millions de dollars pour permettre à tous les salariés d’acquérir des connaissances digitales. La banque souhaite que ses professionnels disposent des compétences nécessaires pour assumer leurs responsabilités futures ».

 

Des conseils pour les institutions financières qui aimeraient former leurs employés ?

« Auparavant, les banques étaient très fières de leurs talents. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? Les banques permettent-elles à leurs salariés d’acquérir des compétences technologiques ? C’est la grande question.

Je pense que beaucoup de banques investissent dans la technologie, ce qui est une bonne chose. Cependant, nous croyons au capital humain.

Aujourd’hui, il est très important de se demander qui est responsable de la formation et de l’éducation. La réponse classique est le gouvernement, l’État. Néanmoins, il est devenu évident que les entreprises ou les employeurs doivent également y contribuer. Je crois aussi que dans de nombreux pays, les universités et les leaders de l’industrie jouent un rôle crucial dans la formation des individus ».

 

La formation AI in Finance en détail

« Les 12 et 13 juillet derniers, nous avons participé au Forum Europlace à Paris où nous avons présenté notre projet AI in Finance.

AI in Finance est un cours en ligne proposé en partenariat avec l’université polytechnique de Singapour, Ngee Ann University, pour permettre aux professionnels de la finance, aux technologistes et aux consultants de mieux comprendre ce qu’est l’IA et son impact. Il est dispensé par 5 professeurs et 18 experts provenant du monde entier. Après avoir consulté le cours, le participant doit répondre à une série de questions afin d’évaluer ses connaissances. Si son score est supérieur à 80 %, un certificat attestant des connaissances acquises est délivré pouvant être inséré dans son CV et créant une réelle plus-value auprès des futurs employeurs. Les participants peuvent suivre la formation AI in Finance à leur rythme.

Nous souhaitons donner la possibilité aux participants de mettre en pratique ce qu’ils ont appris grâce à la formation. Ainsi, nous avons lancé le « AI in Finance Award »: Chaque élève aura la possibilité de présenter son projet en lien avec l’Intelligence Artificielle en face d’un jury de qualité. Le gagnant est invité à venir à Singapour lors du FinTech Festival ou en Angleterre pour faire connaître son projet. Nous espérons également que la France pourra participer à cette initiative « AI in Finance Award » »

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