Instant Payment : simple innovation ou révolution, par Olivier Sauvage, Directeur Conseil chez SKAIZen Group

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Lancé en novembre 2017, mais réellement déployé en France en fin d’année 2018, le virement instantané dépasse sa simple condition de moyen de paiement pour ouvrir une nouvelle ère bancaire. Simple innovation ou révolution ?

Digitalisation croissante des processus, dissémination des rôles avec de nouveaux entrants, avènement du temps réel et de la disponibilité continue, passage d’une consommation de masse à une consommation d’expériences. Le monde financier n’échappe pas aux bouleversements qui secouent nos économies et ses acteurs historiques. Dans ce contexte, la fonction de paiement subie aussi une forte transformation tirée par les acteurs de l’internet développant de nouvelles méthodes nativement intégrées dans les parcours digitaux des utilisateurs. Le paiement se veut aujourd’hui transparent, sans couture, immédiat et parfaitement intégré dans nos expériences digitales. Constatant l’émergence de plusieurs solutions de paiement instantané au niveau domestique, et afin de contrer l’hégémonie croissante des acteurs non-européens, le BCE a souhaité doter l’Europe d’un instrument de paiement instantané pan-européen, à l’instar de qui avait été fait sur le virement SEPA. Le virement SEPA Instantané ou SCT Inst pour les puristes est donc né en novembre 2017.

Grâce au virement instantané il est désormais possible de créditer irrévocablement et en moins de 10 secondes le compte bancaire d’un bénéficiaire, ceci jusqu’à 15.000€ et à n’importe quelle heure et jour de l’année.  A la différence du virement SEPA standard, il n’est pas obligatoire d’y adhérer. En France, la plupart des banques traditionnelles ont démarré en réception, certaines aussi en émission ou vont démarrer ce traitement au courant de ce semestre.

En quoi ce nouvel instrument de paiement, s’ajoutant à une gamme déjà riche, apporte une réelle plus-value ?

A cette question je répondrai d’abord ceci : parce ce qu’à bien y regarder, il s’agit plus d’un nouveau service que d’un instrument. Par ceci, j’entends que l’ADN 100% digital de l’Instant Payment (IP) permet de replacer la fonction de paiement comme une simple étape dans un transaction commerciale ou administrative, indépendamment de son contexte. Payer ne nécessite plus de décrocher sur un parcours connexe en gérant de nouvelles données (IBAN, numéro de carte). Il s’inscrit dans une expérience fluide, linéaire, « sans friction » et permet de rester concentré sur la transaction commerciale ou administrative dont il est le sous-jacent.

Ce haut niveau d’intégration est supporté par plusieurs dispositifs, dont en premier lieu la deuxième directive sur les services de paiements (DSP2). Cette directive instaure de nouveaux rôles comme celui de Prestataire de Services d’Initiation de Paiements (PISP) pouvant se substituer au payeur pour initier l’instruction et l’acheminer vers sa banque. Pour ce faire, le PISP utilisera des API ouvertes (Open API) dont la mise à disposition par les banques est rendue obligatoire à compter de septembre 2019. Ainsi, tout fournisseur de service commercial ou administratif peut se constituer en PISP, ou recourir à un tiers PISP, et générer des instructions de virement pour le compte de son client dans le cadre son activité. Par exemple un gestionnaire d’épargne, un site commerce en ligne, ou une nouvelle génération d’e-wallet.

Autre mesure permettant une intégration forte de l’IP dans les parcours clients : sa capacité à s’affranchir de l’obtention d’un IBAN en effectuant des paiements sur la base d’identifiant « proxy » comme un numéro de téléphone ou un email, souvent déjà connus en amont du paiement.

L’IP redessine les contours de l’écosystème des paiements

Une fois ce constat fait, on en vient rapidement à un autre : la seule capacité à exécuter des virements instantanés ne constitue plus un savoir-faire différenciant, cela devient une commodité. Mais elle n’en demeure pas moins exigeante en expertise et en investissement. C’est donc autour d’une nouvelle organisation de la valeur que va se restructurer l’écosystème des paiements, chacun se recentrant sur ses compétences premières :

  • Le traitement « core » de l’IP est pris en charge par des processeurs ou usines de paiement mutualisées, délivrant leurs services au travers d’API agiles et flexibles afin de l’adapter à une multitude de cas d’usage. Ce modèle de type « utility » permet d’optimiser les coûts de construction et d’exploitation importants et maintenir un haut niveau d’expertise sur les nouvelles technologies nécessaires à la très haute disponibilité et au temps réel.
  • Les banques, capitalisant sur leur statut de tiers de confiance, positionnent le compte comme « coffre-fort » des données bancaires de leur clients. Cette donnée analysée, exploitée et monétisée devra alors devenir la clé de voute de leur modèle économique réinventé. En complément, les banques pourront proposer des services de fourniture de liquidité à d’autres établissements de paiements.
  • Les fournisseurs tiers (TPP), en l’occurrence les Fintechs, expertes dans la connaissance et la relation client, construiront les interfaces intelligentes intégrant discrètement le virement instantané dans des projets divers et variés (assurances, épargne, crédit, e-commerce, vente P2P…). Elles seront l’essence même de l’expérience client.

Mais au cœur cette nouvelle organisation demeure une question centrale dont la réponse n’a pas encore été clairement apportée : quel est le modèle économique de l’IP ? Plusieurs éléments viennent contraindre l’équation : un coût de mise en œuvre important, un repositionnement des valeurs et des rôles comme évoqué ci-dessus, mais aussi un poids de l’histoire vis-à-vis des offres existantes notamment la carte bancaire et le virement standard avec lesquels il entre en concurrence. L’émergence de ce modèle devra toutefois se faire dans un consensus général, réunissant un maximum d’acteurs afin que favoriser une adhésion large, donc une capacité d’usage universelle. Ce sans quoi, l’IP est voué au confinement expérimental.

L’instant Payment est au carrefour des initiatives de la banque 4.0

Ce qui fait de l’Instant Payment un sujet particulier, c’est sa forte imbrication avec d’autres moteurs de l’innovation.

L’Instant Payment croise d’abord le chemin de l’APIsation des services bancaires autrement appelé Open Banking. Dans un premier temps par contrainte règlementaire, mais cet élan se poursuivra très certainement au-delà. L’IP donne à la DSP2 et à son statut d’initiateur de paiement un intérêt qu’il n’aurait probablement pas trouvé sans celui-ci et fournit des premiers cas d’usage concerts pour s’engager vers un modèle de banque plateforme.

Autre vecteur d’innovation sur la route de l’IP : le big data et l’intelligence artificielle. Sa nature digitale, l’utilisation de la modélisation ISO20022 riche et structurée en fait un candidat de premier ordre pour l’implémentation de processus d’analyse intelligents et adaptatifs basés sur l’IA, entres autre dans le cadre de la lutte contre la fraude ou la prédiction de besoin en liquidité.

C’est parce que le virement instantané porte la promesse d’un écosystème réinventé que SKAIZen Group a choisi d’en faire une de ses fils rouges 2019 et publie ses « Cahiers de l’Instant Payment »

Parce que les grandes innovations précèdent souvent une demande claire et tangible, à l’instar d’internet ou de la téléphonie mobile qui se sont développés sur la base d’un modèle économique incertain, parce que la valeur ne se créé que dans le questionnement et l’échange, SKAIZen Group a lancé le lundi 11 février son premier cahier de l’Instant Payment. Ce numéro initial permet d’appréhender les objectifs, le fonctionnement, l’écosystème et des enjeux de cette innovation.

Ces publications seront accompagnées courant avril d’une Matinale dédiée à l’IP, réunissant dans un même forum banque, processeurs de paiement et Fintech.

Téléchargez le 1er numéro des Cahiers de l’Instant Payment ici

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