Interview de Denis JACQUET : « Ubérisation, un ennemi qui vous veut du bien ? »

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« Ubérisation, un ennemi qui vous veut du bien ? ». C’est le titre de l’ouvrage de Denis JACQUET et Grégoire LECLERCQ qui vient de paraître sur l’évolution du digital. Pour en savoir plus sur ce phénomène ainsi que les origines de l’ouvrage, Hello Finance a rencontré un de ses auteurs, Denis JACQUET.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage ?

C’est un ouvrage que nous avons écrit à 4 mains avec Grégoire LECLERCQ. Nous sommes tous les deux entrepreneurs et nous avons toujours défendu l’entrepreunariat et l’évolution de la société française vers plus de croissance. Nous avons récemment observé la réaction de méfiance de la part par des corporations, des institutions et des politiques vis à vis du digital. Cependant, si nous commençons par l’interdition, la taxation, les charges nouvelles, nous n’aboutirons qu’à une chose : l’absence d’acteurs majeurs du digital dans notre pays. Aujourd’hui c’est presque déjà le cas puisque la France, comme la plupart de pays européens, a peu de poids dans le digital mondial, contrairement aux Etats-Unis ou à la Chine. 

Nous nous sommes donc dit qu’il était temps de produire un ouvrage qui permette de poser les bonnes questions sur tous les sujets liés au digital et à l’organisation de la société, mais aussi de faire de la pédagogie auprès de celles et ceux qui prennent les décisions.

« Ubérisation, un ennemi qui vous veut du bien ? », pourquoi ce titre ?

L’ubérisation est la suite de l’évolution de la société, mais qui s’accélère et qui peut parfois être brutale. Comme dans toute évolution majeure, il y a des aspects dangereux, mais aussi des aspects extraordinaires. Cependant, il nous semble que nous n’avons pas fait de choix éclairé entre les deux pour le moment : qu’est-ce qu’il y a du bien et de moins bien dans ce phénomène en pleine croissance, comment nous pourrions nous éloigner du pire pour conserver le meilleur ? Le titre « Ubérisation, un ennemi qui vous veut du bien ? » signifie qu’il y a des aspects négatifs et positifs et c’est à nous de choisir la direction que nous souhaitons prendre. Nous pouvons réfléchir, critiquer les aspects qui ne nous conviennent pas et nous  concentrer sur ce que les nouvelles technologies apportent de mieux. Par exemple, certaines technologies permettent d’améliorer la qualité de l’air, de l’eau, la santé, l’accès au travail. 

Si notre société décide de subir le développement des technologies, elles deviennent une loterie dans laquelle un gain pour une personne devient une perte pour les autres. Nous proposons plutôt de faire des choix éclairés vers des modèles ou tout le monde y gagne. Notre ouvrage éclaire sur les dangers et les opportunités, montre les aspects moins visibles de l’évolution du digital. Son objectif est de faire de la pédagogie et pousser les gens à réfléchir aux choix qu’ils souhaitent faire. 

Sur quelles expériences professionnelles et/ou personnelles vous êtes-vous appuyé pour écrire l’ouvrage ?

Le digital est un sujet où toutes les expériences sont valides puisqu’il touche à l’être humain et à l’organisation de la société. Sociologues, anthropologues, chefs d’entreprise, salariés….tout le monde est légitime pour réfléchir sur l’évolution de notre société et ceci devrait presque être obligatoire. Pour ce qui nous concerne, en tant qu’entrepreneurs, nous comprenons les mécanismes et les acteurs économiques, leur mode d’organisation pour parvenir à leurs besoins. Cependant, nous avons fait le choix de ne pas rester concentrés uniquement sur la vision d’entrepreneurs et d’appuyer notre travail sur les recherches de l’Observatoire de l’Ubérisation. Nous avons construit cette vision dans un esprit de diversité en invitant des acteurs très complémentaires et en même temps très opposés sur certains sujets :  des anthropologues, des sociologues, des philosophes, des syndicalistes, des hommes et des femmes politiques, des économistes… Notre légitimité d’écrire cet ouvrage repose sur le fait d’avoir su réunir autour de nous des avis très différents sur le même sujet. C’est donc une vision à 360 degrés sur le phénomène de l’Ubérisation et non sous un prisme particulier.

A quelles conditions le digital et les technologies seront elles un progrès pour l’homme et l’humanité?

La société du digital d’aujourd’hui ressemble à d’autres formes d’empires que nous avons connu dans l’histoire de l’Humanité, sauf que c’est un empire mondial. Il a un pouvoir incroyable puisqu’il contrôle des données que nous choisissons nous meme de livrer. L’utilisation du téléphone portable et des différentes applications est tellement confortable que nous avons choisi de ne pas nous poser la question : où vont nos données ? Puisqu’on nous simplifie la vie chaque jour, nous finissons par confondre le confortable avec le souhaitable, le fait de faire quelque chose nous même et le fait de décider de le faire. Or, nous voyons que derrière il y a une volonté des sociétés du digital d’enfermer les gens dans un système dans lequel ils ont une sensation d’avoir fait le choix qu’en réalité ils n’ont jamais fait. 

Les algorithmes du digital sont des techniques qui permettent de comprendre ce que vous cherchez, ce que vous aimez et à quel moment…pour simplement pousser le consumérisme plus loin et pouvoir vous vendre ce qu’on souhaite au meilleur moment. Ces systèmes qui sont à la base faits pour savoir ce que vous avez plus de chance d’acheter permettent au final de prédire votre comportement. Demain, des dérives peuvent exister et au lieu de vendre des biens, on peut vous vendre des savoirs, emmener vers vous les informations auxquelles vous allez croire. C’est à ce moment la que risquent de s’arrêter les critiques, le savoir, l’intelligence… 

Nous nous appuyons sur des machines pour renforcer nos compétences, mais qui et comment crée ces machines ? Certains disent que c’est le sens que prend l’humanité mais avons-nous réfléchi si c’est vraiment fait pour faire évoluer l’homme ou pour la croissance monopolistique des entreprises du digital ? C’est la question principale qui nous préoccupe dans cet ouvrage. Nous l’avons commencé de manière très optimiste et l’avons terminé assez pessimistes. Il était nécessaire d’alerter tout le monde de façon à construire une vraie réflexion en France et à l’international autour du digital : oú allons-nous ? Pourquoi nous y allons et à quoi cela va nous servir ?

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