Interview de Ghizlane Kettani sur la Fintech française à l’occasion de la matinale « Comment préparer son ICO ou sa levée de fonds ? » le 5 juillet 2018

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Interview de Ghizlane Kettani, économiste spécialiste du capital risque et de l’intelligence artificielle à l’occasion de la matinale sur les levées de fonds et les ICOs organisée le 5 juillet 2018 par le pôle Finance innovation.

5 places à 200€ disponibles via le code INTERVIEW sur le site de l’événement !

Camille Lauzin : A quoi sert le capital risque?

Ghizlane Kettani : Le capital-risque sert à financer les entreprises innovantes qui prennent des risques et dont les projets ne peuvent pas être financés par un crédit bancaire classique. Le capital-risque constitue un acteur majeur du financement de l’innovation de rupture.

CL : Qu’apporte le capital-risque par rapport à un financement classique?

GK : Les capital risqueurs n’apportent pas seulement des fonds ; ils apportent des conseils, un suivi, des relations à la startup qu’ils financent. Ils ont apportent un prestige certain du simple fait qu’ils soient présents au tour de table.

CL : Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs qui cherchent à lever des fonds?

GK: Le premier conseil est de bien cibler le type de fond auquel on s’adresse. les fonds diffèrent par leur spécialisation et le stage de développement de startups dans lequel ils investissent : early stage, late development, mezzanine. L’entrepreneur doit aussi penser à ce qu’il attend du capital risqueur: le capital risqueur va-t-il m’aider à accélérer ma croissance? Va-t-il m’aider à lancer ma startup dans les marchés internationaux? Les objectifs doivent être clairement définis au préalable. Il ne faut pas hésiter à se poser au préalable les questions de structure du capital et de contrôle qui sont très importantes pour le devenir du fondateur à la tête de la startup qu’il a créée.

CL : Parlez-nous du secteur des Fintechs. Quel est l’importance des fintechs pour l’emploi?

GK : Les Fintechs sont le vivier des emplois de demain. On estime qu’uniquement dans la région parisienne, les Fintechs peuvent créer jusqu’à 50000 emplois directs, ce qui est considérable. Ces emplois sont hautement qualifiés et sont créateurs d’emplois indirects. Les emplois créés par les Fintechs sont au nombre de 15000 actuellement.

CL : Quel est l’enjeu des fintechs après le Brexit?

GK : Les Fintechs sont clairement un enjeu central dans l’Europe du post-Brexit. Paris se positionne directement comme concurrent de Londres comme place leader dans l’accueil et le développement des Fintechs. Les différents acteurs de l’écosystème (banques, Etat, régions) doivent être conscients de l’enjeu que cela représente en termes de compétitivité en ce qui concerne les technologies du futur comme l’intelligence artificielle non seulement pour Paris et l’Ile de France mais aussi pour l’ensemble des régions françaises.

CL: Les régions ont elles un rôle à jouer pour attirer les Fintechs?

GK: Il est important que les régions participent au défi Fintech et c’est pourquoi Finance innovation a lancé son Fintech tour qui passe par les principales villes françaises : Paris, Lyon, Lille, Nancy. Les entrepreneurs en Fintechs en France doivent profiter de ce nouvel environnement pour avancer leurs positions en Europe.

CL : Quels sont les technologies porteuses pour les Fintechs ?

Ghizlane Kettani: Les technologies porteuses pour les Fintechs s’articulent autour des technologies de paiement où les innovations continuent de se faire,mais aussi autour des nouvelles tendances comme la blockchain, les cryptomonnaies et l’intelligence artificielle. Nous avons plusieurs fintechs qui se créent autour de ces sujets et notamment autour de l’intelligence artificielle comme Dreamquark .

CL : Justement vous avez effectué des travaux autour de l’intelligence artificielle, que doit faire la France pour devenir leader dans ce secteur?

GK : La France doit mettre en valeur ses atouts dans la compétition pour être un leader de l’intelligence artificielle. Cette compétition est mondiale mais se fait essentiellement entre le Canada, les Etats Unis et l’Asie, Chine et Japon notamment. Elle a certains atouts que le rapport Villani a déjà cités : école de mathématique française reconnue, ingénieurs bien formés, mais il est nécessaire de renforcer les structures de formation dans l’intelligence artificielle (masters, doctorats, diplômes intermédiaires). Un point central de cette stratégie d’attractivité est de pouvoir améliorer les conditions d’accueil des meilleurs chercheurs internationaux en matière d’intelligence artificielle. Dans ce volet, toutes les administrations françaises ont encore beaucoup d’efforts à réaliser afin de rendre la France attractive. La recherche française doit entamer une mue profonde afin d’attirer les meilleurs chercheurs en intelligence artificielle. Le discours du président de la République, Emmanuel Macron, a évoqué plusieurs pistes intéressantes qui boosteront l’attractivité de la France dont le partage des données.

CL : Quelle attitude doivent adopter les entreprises et les PME face à l’intelligence artificielle?

GK : L’intelligence artificielle est déjà présente dans les business models de certaines entreprises comme Apple ou Amazon. Elle est utilisée dans la reconnaissance faciale ou la reconnaissance vocale notamment. Les entreprises en France ne doivent surtout pas adopter une attitude attentiste face à cette technologie. Elle peut être à la portée de tous. En effet, les entreprises qui auront adopté cette technologie au plus tôt seront plus à même à en retirer le meilleur avantage et les autres se retrouveront dépassées. Il est vrai que les entreprises qui ont adopté l’AI en tirent déjà un avantage en termes de profits. J’insiste sur le fait que la stratégie attentiste est une stratégie perdante qui peut conduire certains business à disparaître face à des concurrents qui auront déjà mis en œuvre l’intelligence artificielle dans leur offre client ou dans leur supply chain. Et je rajoute que l’impact sur les bénéfices peut se faire rapidement sentir, alors pourquoi hésiter ?

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