La notion d’interaction dans des approches systémiques pour appréhender la complexité

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Article coordonné par Jean-François VAUTIER, Groupe de travail et de réflexion (GTR) « Organisation et maîtrise des risques » de l’Institut pour la Maîtrise des Risques (IMdR).

Le 25 juin 2018, une journée d’étude a été organisée par l’Institut pour la Maîtrise des Risques (IMdR) autour de la notion d’interaction dans des approches systémiques pour appréhender la complexité. La journée fut accueillie par le Pôle Finance Innovation, Palais BRONGNIART, Place de la Bourse, 75002 PARIS.

Cette journée rassemblait 10 groupes de travail et de réflexion (GTR) de l’IMdR appartenant au champ des sciences de l’ingénieur et à celui des sciences humaines et sociales. Les GTR sont des lieux de rencontres et d’échanges entre spécialistes et experts désireux d’approfondir certains sujets et d’apporter des réponses concrètes à leurs préoccupations de maîtrise des risques et de sûreté de fonctionnement dans leur(s) spécialité(s). Les GTR permettent de croiser les approches et les réflexions d’industriels, universitaires et représentants de sociétés membres de l’IMdR. Ils abordent des sujets variés (domaine technique, facteur humain, facteur organisationnel, aspects économiques …) et se fixent eux-mêmes leur calendrier de travail et leurs objectifs. Ils peuvent être amenés à publier leurs travaux.

Notons enfin que tout membre de l’IMdR peut proposer la création d’un groupe ou rejoindre l’un ou l’autre d’entre eux en prenant contact avec l’Institut ou directement avec les animateurs de GTR.

Plusieurs domaines de la maîtrise des risques et de la gestion des risques ont été abordés au cours de cette journée du 25 juin 2018, centrée sur la notion d’interaction : les dangers et la cindynique, la hiérarchisation des risques et les effets cocktail, la gestion de crise, le retour d’expérience, le management intégré des risques dans un projet et les outils de gestion/les indicateurs dans le management de la sécurité.

Nous allons revenir sur l’ensemble de ces thèmes…

GTR « Organisation et maîtrise des risques »

Positionnement de la notion d’interaction, de systémique et de Dynamique des Systèmes par Jean-François VAUTIER (CEA), Didier CUMENAL et François DUBOIS (Association Française de Science des Systèmes [AFSCET])

Cette première intervention a permis de positionner le concept d’interaction.

L’intervention a ensuite porté sur une introduction à la Dynamique des Systèmes : une méthode dynamique utilisant cette notion d’interaction entre des variables. L’interaction prend ici la forme de boucles courtes d’action-réaction entre deux variables ou de boucles plus longues passant par plusieurs variables avant de revenir sur la variable initiale (cf. Vautier J.-F., Coye de Brunélis T., Périnet R., Cuménal D. et Raxach N. (2016), Etudier l’occurrence d’événements indésirés avec des méthodes causales statiques ou dynamiques : quelle complémentarité ?  Congrès Lambda Mu 20 (IMdR), 11-13 octobre 2016, St Malo, France).

Enfin, cette présentation a permis d’examiner quelques moyens d’interroger l’existence d’une interaction, en particulier l’approche d’Harold KELLEY relative à son modèle de covariation et celle d’Antoine Augustin COURNOT relative à la rencontre de séries causales. Les travaux d’Harold KELLEY cherchent notamment à examiner les critères utilisés par un individu pour apprécier si un comportement humain est en interaction avec (au sens de généré par) les caractéristiques de l’individu, du stimulus en présence et/ou des circonstances de la situation. Les travaux d’Antoine Augustin COURNOT permettent notamment de questionner l’effet dit papillon…

Encore des discussions en perspective, donc …

 

GTR « Les cindyniques à la portée de tous »

Comment les cindyniques abordent complexité et interactions par Guy PLANCHETTE (IMdR)

Les cindyniques sont la science du danger qui, intégrant la complexité des organismes, mettent en lumière des dangers complémentaires non encore recensés et catalogués. Car ils prennent en compte le fait que les parties prenantes intervenant au sein des organismes interagissent entre elles et peuvent occasionner des ambiguïtés ou des flous qui sont également des dangers. Aussi, cette science du danger cherche à appréhender, à comprendre ces nouvelles formes de dangers qu’il faut apprendre à décrire afin qu’ils deviennent compréhensibles et perceptibles. Elle élargit ainsi le champ d’investigations de la gestion des risques en recherchant en priorité tous les déficits et dissonances pouvant générer une vulnérabilité de l’organisme.

Pour ce faire, les cindyniques ont développé des outils :

– d’identification des dangers en utilisant le principe de « description relativisée des situations » ;

– de description, par le biais de qualificateurs choisis. En ce qui concerne les qualificateurs, aux aspects statistiques représentés par les données dont on dispose, est-il apparu nécessaire d’adjoindre des qualificateurs complémentaires représentant les modèles, c’est-à-dire les représentations des activités, les règles subies ou imposées, les valeurs qui guident les actions vers des buts et les finalités qui sont les buts visés par l’organisme. Ces qualificateurs sont représentés sous la forme d’un hyperespace du danger ;

– et d’observations répétées sur les hyperespaces du danger de chacune des parties prenantes considérées et choisies comme pertinentes.

 

GTR « Gestion de crise »

Les interactions dans un système de gestion de crise par Bertrand WECKEL (ATRISC, ARMIR), Sylvie GARANDEL (ATRISC) et Ludovic PINGANAUD (Ministère de l’Intérieur)

Cette intervention s’est construite autour d’un double-objectif : identifier les caractéristiques des interactions en situation de crise et présenter le GTR Gestion de crise… En effet, l’évolution de l’acceptabilité du risque par le public, la prédominance de l’incertitude et les évènements récents ont mis l’accent, pour le monde de l’entreprise, sur la nécessité d’organiser et de structurer une réponse aux crises, qu’elles soient à cinétiques lente (inondations, par exemple) ou rapide (attaque informatique, accident industriel, etc.). La question de la crise et de sa gestion a été abordée sous l’angle proposé par l’étude des HRO (High reliability Organizing). Dans cette perspective, on peut qualifier la situation de crise comme une situation mêlant imprévu, inattendu et contrainte temporelle qui bouscule le fonctionnement normal de l’organisation et conduit à la nécessité de redonner du sens (processus de sense making) à une situation que l’on ne comprend généralement pas. Pour les HRO, les interactions sont clé dans ce processus de sense making et c’est en analysant le réseau d’interactions entre les différents acteurs de la cellule de crise que l’on peut évaluer la fiabilité du fonctionnement de la cellule[1].

[1] Pour aller plus loin :

Vidal, R. (2018), « Design and implementation of High Reliability Organizing based performance metrics in the context of the EU H2020 research project TARGET, aiming at developing VR/AR training environment for security critical agents », 20th Congress International Ergonomics Association.

Vidal, R. (2014), “Décider dans un monde incertain : une question de representation, une mesure en temps reel / Facing uncertainty:  a question of sensemaking, a real-time measure”, 19ème Congrès Lambda Mu (Institut pour la Maîtrise des Risques).

http://www.atrisc.com

Le 25 juin 2018, à l’aide de témoignages et d’exemples, les interactions en situation de crise ont été caractérisées et des méthodes d’évaluation de ces interactions ont été identifiées en fonction de la situation rencontrée.

 

GTR « Risque, incertitudes et décision dans l’industrie et l’environnement »

Interactions, interdépendances et effets cocktail – Mise en perspective de cas dans le domaine des risques en sûreté, sécurité, environnement-santé par Myriam MERAD (CNRS)

En s’appuyant sur une approche casuistique des problématiques dans le domaine des risques en sûreté, sécurité, environnement-santé, l’intervention a rendu compte des manières avec lesquelles les effets d’interactions, antagonistes, cumulatifs, synergiques et les effets cocktails peuvent être pris en compte. Cette discussion, entre d’une part les impératifs opérationnels imposés par la pratique et les possibilités offertes par les règles théoriques, a permis d’examiner les potentialités de différentes formes de modélisation de la complexité dans une perspective d’aide à la décision.

GTR « Retour d’expérience technique »

Constitution et usage du REX : les acteurs au défi des interactions dans l’espace et le temps par Nicolas DECHY, Alexandre LARGIER et Jean-Marie ROUSSEAU (IRSN)

Les dispositifs de retour d’expérience (REX) doivent permettre de produire des connaissances à partir d’événements ou de données d’exploitation diverses et d’engager des actions utilisant ces connaissances. Ils mobilisent des organisations, des méthodes et des outils dans le cadre de processus impliquant des acteurs aux rôles divers : architectes et concepteurs des dispositifs, producteurs d’information et d’enseignements, et clients qui utilisent les enseignements issus du REX pour agir sur le système sociotechnique.

Le 25 juin 2018, en s’appuyant sur quelques références issues de la littérature scientifique, les interactions, qui peuvent avoir lieu dans le système de production et d’usage du REX à partir de situations-types (en interne à une entité, entre cette entité et des organisations tierces, dans une dimension temporelle longue), ont été analysées afin d’identifier quelques caractéristiques remarquables et enseignements à tirer.

 

GTR « GiRC : gestion intégrée des risques et de la complexité : pilotage des résultats de l’entreprise et apprentissage »

Les Interactions Homme – Machine pour résoudre le problème complexe de la gestion globale des risques : le logiciel RiD – Risk intelligence and Decisions©, projet et portefeuille de projets – Exemple avec le secteur de la construction par Francis CLAUDE (RiD)

L’ingénierie système, le management de projet et le management des risques du projet semblent toujours être à la recherche d’une intégration. De plus, si la création de valeur semble l’objectif assigné à une fonction Risk management, à l’échelle de l’entreprise, une vision globale de la performance corrigée du risque, au regard de l’ensemble des risques encourus dans le cadre des activités, n’apparaît pas comme un sujet d’étude prioritaire que ce soit sur un plan académique ou professionnel.

 

GTR « Indicateurs de performance sécurité/sûreté »

Exploration des interactions entre « instrument » et « instrumenté » en gestion des risques par Chabane MAZRI (INERIS)

Les outils de gestion sont réputés être porteurs d’un projet de rationalisation, neutres en termes de préférences et valeurs et basés sur une vision objective de la réalité. Ces présupposés, largement contestables et contestés dans la littérature des sciences de gestion, occultent des dimensions de la complexité des organisations qui peuvent s’avérer particulièrement nuisibles à son fonctionnement. Si cela a déjà fait l’objet d’un certain nombre d’observations dans une gamme des pratiques managériales, notamment en comptabilité et contrôle de gestion, cet effort de déconstruction et d’exploration des complexités est encore à faire dans le domaine de la sécurité.

 

GTR « Maîtrise des systèmes complexes par des innovations de rupture transdisciplinaires (MSC-IRT) », « Organisation et maîtrise des risques » et « Les Facteurs humains dans la conception et le retour d’expérience »

Synthèse, discussion, perspectives par Emmanuel ARBARETIER (APSYS AIRBUS GROUP), Romuald PERINET (ENGIE), Christian BLATTER (Consultant) et Stella DUVENCI LANGA (SNCF)

Cet exercice de synthèse visait à s’interroger sur les points saillants de cette journée repérés à chaud… Exercice difficile, s’il en est…

En quelques mots donc, notons que, dans l’entreprise, de nombreuses interactions existent entre les acteurs de différents métiers, entre l’entreprise et ses sous-traitants, entre concepteurs et exploitants…

La notion de configuration dans des approches systémiques pour appréhender la complexité

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