“Open Banking – La révolution de l’industrie bancaire est en marche” par Julien Kokocinski

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L’industrie bancaire a connu ces dix dernières années une transformation importante, avec des consommateurs qui utilisent quotidiennement les services en ligne ou les applications mobiles de leurs banques.

Mais demain, les consommateurs pourront utiliser d’autres solutions que celles mises à disposition par leurs banques pour répondre à leurs besoins. Ils seront en mesure de mieux gérer leur finance, de prendre de meilleures décisions et d’accéder à des solutions financières innovantes, et ce, de façon plus transparente, plus rapide, sans friction et très certainement à moindre coût. Ceci est la révolution de la Banque Ouverte (Open Banking).

Bien qu’issue de contraintes réglementaires (et notamment de la seconde directive européenne sur les services de paiements DSP2), la dynamique de l’Open Banking est aujourd’hui accélérée par les possibilités technologiques, et notamment les API (Application Programming Interface) qui permettront dans un premier temps à des tiers (Third Party Provider) d’accéder aux données des banques et d’initier des paiements de façon sécurisée, et bientôt de proposer un panel d’opérations bien plus riche.

Grâce à ces avancées, l’Open Banking devient un enjeu majeur de développement de solutions bancaires innovantes avec des partenaires externes. Pour les banques, il s’agit de nouvelles opportunités mais également de nouvelles menaces. Il ne s’agit pas seulement de répondre aux exigences réglementaires, mais bien d’aller plus loin en définissant de nouveaux business models et en offrant aux consommateurs de nouvelles propositions en adéquation avec leurs besoins et intégrées dans leurs moments de vie.

 

Les défis de l’Open Banking pour les banques

Alors que la majorité des banques maitrisent aujourd’hui la production de produits financiers et leur distribution, l’Open Banking engendre une compétition accrue sur la distribution, permettant à des tiers de proposer des alternatives de distribution offrant aux consommateurs l’accès aux produits de plusieurs producteurs de produits financiers.

Plusieurs possibilités s’offrent aux banques, et notamment :

  1. La banque conserve la relation client en s’appuyant sur des solutions tierces (ex : Fintechs) permettant notamment de personnaliser et/ou d’enrichir son offre (modèle de « Bank as a Platform »).
  2. La banque « transfère » la relation client à un distributeur tiers pour distribuer ses produits financiers (modèle de « Bank as a Service »).
  3. La Banque met à disposition de tiers autorisés (ex : des tiers non financiers, comme une communauté de développeurs) des données ciblées pour enrichir son offre avec des solutions innovantes et potentiellement non bancaires.

Les banques craignent de perdre tout ou partie de la relation client, avec un risque de perte de connaissance des consommateurs, un désengagement de ces derniers pour leur marque, une baisse des opportunités de ventes croisées et enfin une baisse des revenus traditionnels.

Ce mouvement a pourtant déjà commencé depuis plus de 2 ans via des agrégateurs de comptes (plus de 5 millions d’utilisateurs en France en 2018) qui ont, grâce à une expérience client améliorée, absorbé une partie de la relation client. Le risque majeur pour les banques est de voir ce type de plateformes distribuer des produits financiers concurrents, impactant d’autant plus leurs relations avec les consommateurs.

Le défi majeur pour les banques est de se positionner dans un contexte de compétition accrue : la distribution des produits financiers se fera demain via de multiples acteurs (banques, fintechs, GAFA, facturiers, grande distribution, réseaux immobiliers …) et en adéquation totale avec les moments de vie des consommateurs. Le combat à venir pour ce nouvel ensemble de distributeurs, et à fortiori pour les banques, se fera d’un côté sur le terrain de l’expérience client et de l’ergonomie de leurs applications, et de l’autre sur la richesse et la pertinence de la gamme de produits et de services proposés.

L’urgence est donc bien là pour les banques : elles doivent se transformer pour conserver la relation client (à minima sur leurs marchés stratégiques), garder la main sur les services de banque au quotidien et être en mesure de proposer des produits et services innovants (et notamment des produits non bancaires) à leurs clients. Ceci implique nécessairement de mettre en place un modèle Open Banking.

 

Les opportunités de l’Open Banking pour les banques

Alors que la directive DSP2 est encore perçue aujourd’hui comme une menace par certaines banques (jugé comme un déséquilibre concurrentiel alors même que d’autres grands possesseurs de données, et notamment les GAFAs, n’ont pas la même obligation de les ouvrir aux tiers), l’Open Banking représente une réelle opportunité de développement : d’une part les banques peuvent améliorer l’expérience client en collaborant avec des tiers (Fintechs, tiers non financiers), et d’autre part, elles peuvent tirer profit de cette révolution pour :

  • Augmenter les canaux de distribution de leurs produits, attirer plus de clients et accroitre les ventes de leurs produits
  • Automatiser et digitaliser de nombreux processus pour gagner en agilité et flexibilité et réduire leurs coûts de traitement
  • Commercialiser leurs données (non concernées par DSP2 mais nécessitant le recueil du consentement client dans le cadre du Règlement Général sur la Protection des Données RGPD) et ainsi générer de nouveaux revenus

Dans un modèle Open Banking, un nombre infini de partenaires, start-ups et développeurs peuvent s’insérer dans le processus de développement des banques : relation et expérience client, produits et services, utilisation effective des données, automatisation et digitalisation des processus back-office…  La Banque Ouverte peut ainsi construire une relation de confiance durable avec ses clients, mieux les accompagner sur tous les moments de vie, au travers de produits bancaires ou non bancaires, via leurs applications, des applications tierces, ou encore un « store » alimenté par des développeurs ayant accès aux données ciblées des clients (qui, en tant que propriétaires de leurs données, pourront potentiellement les monétiser).

 

Si les banques ont encore l’avantage, elles doivent rapidement se transformer

L’Open Banking est aujourd’hui une réalité, les banques doivent composer avec ce nouvel écosystème et ne pas chercher à contrôler toute la chaine de valeur, ni la chaine de distribution de la Finance. Il est donc essentiel pour les banques de s’ouvrir afin de tirer profit de l’innovation provenant des Fintechs (qu’elles ne sont culturellement pas en capacité de générer seules), définir leur stratégie API selon les produits et métiers (intégration de données, processus et produits tiers ou au contraire exposition de données, processus et produits internes à des tiers) et se concentrer à fluidifier l’expérience client sur tous les métiers de la Finance (les paiements et la banque de détail, mais aussi les investissements, le trading, le change, le crédit, l’assurance…).

A ce jour, si les Fintechs peuvent proposer des solutions plus innovantes, aucune ne le peut sur un panel large de processus et métiers bancaires. Par ailleurs, le modèle Open Banking impose que les consommateurs acceptent de partager leurs données bancaires pour en tirer profit (monétisation et accès à des services innovants). Ces deux éléments confèrent aux banques un avantage certain, mais pour le conserver, elles vont devoir investir significativement pour déployer une stratégie digitale appropriée, coopérer avec les Fintechs et mettre sur le marché des propositions de valeur innovantes.

Le jeu en vaut la chandelle, car le marché est promis à une croissance des volumes significative : l’Open Banking va engendrer une disponibilité totale des services financiers et bouleverser leur usage, en donnant aux consommateurs un accès plus large aux produits.

En définitive, le grand gagnant de la révolution Open Banking sera le consommateur.

 

Julien Kokocinski, Partner chez CAPCO

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